Afin de compléter la vision historique et d'élargir l'angle de vue, loin des lectures fragmentaires ou des préjugés, je mets entre les mains des chercheurs algériens le témoignage d'un témoin de cette époque. L'histoire des nations ne se comprend pas à travers une seule voix, mais par la complémentarité des témoignages et le croisement des récits, même si leurs perspectives diffèrent.
Le Cheikh Adda Bentounès (1898 - 1952) a déclaré dans la revue « Al-Murchid » (n° 43, année 1370 de l'Hégire / 1950), cité dans l'ouvrage « Tânbih al-qourra’ ila kifah majallat al-murchid al-ghara’ » (pp. 180-181) :
« Vous m'avez demandé, cher et éminent frère, de vous dire un mot sur la formation de l'"Association des Oulémas d'Algérie". Je vous dirai donc brièvement, et c'est d'Allah que vient le succès :
Elle a été formée à l'initiative d'un homme nommé M. Omar Ismaïl, membre du cercle "Cercle du Progrès" (Nadi al-Taraqqi). C'était un homme d'une sagesse et d'une distinction sociale. Lorsqu'il conçut l'idée de créer l'Association, il ne trouva pas mieux que le professeur Mohamed El Mahdi, un homme à l'éducation parfaite et un esprit ouvert, rédacteur du journal « El-Balagh » à Alger. Il se rendit auprès de lui pour discuter de son idée, qui n'était encore qu'un œuf sous son aile. Ce dernier l'accueillit favorablement, puis la présenta à son maître, le Cheikh Sidi Ahmed Benalioua (El Alawi), qui l'approuva également, bien qu'avec une certaine réserve et prudence.
Une fois la chose entendue, le journal « El-Balagh » commença à diffuser et à soutenir l'idée. C'était le seul journal d'Algérie à souligner l'importance de la création de l'Association des Oulémas. Il poursuivit cet effort durant un certain temps, jusqu'à ce qu'un groupe de savants et d'hommes vertueux réponde à son appel.
M. Omar Ismaïl, accompagné de quelques personnes partageant sa vision, entreprit de rédiger les "Statuts" de l'Association. Une fois les articles finalisés et organisés, le groupe s'accorda pour tenir une réunion constitutive.
Nous soulignons ici que le conflit était alors intense entre la "faction confrérique" (at-Turuqiyyah) et la "faction réformiste" (al-Islahiyyah). Les réformistes craignaient que l'Association des Oulémas ne soit une organisation affiliée au "parti des confréries". Le jour de la réunion, plusieurs membres des réformistes étaient présents, parmi lesquels : le Cheikh El-Ibrahimi, le Cheikh El Amoudi, le Cheikh Tayeb El-Oqbi, le Cheikh Abou Yaâla Ez-Zouawi et le Cheikh Ez-Zahiri.
De fait, les membres des confréries furent absents de cette réunion, à l'exception de trois personnes issues des Alawiya : le grand professeur Sidi Ahmed Benalioua, le Cheikh Mohamed El Mahdi et le Cheikh Adda Bentounès.
Après l'examen des statuts, le bureau provisoire de l'Association fut constitué. Le Cheikh Benbadis s'était excusé par télégramme pour cause de maladie ; mais dès que le groupe le nomma président de l'Association, il fut guéri de sa maladie et resta à Alger.
Il apparut dès ce soir-là que l'Association était celle des "Réformistes" et non l'Association des Oulémas d'Algérie par laquelle nous espérions réconcilier les "confrériques" et les "réformistes". Chaque jour qui passait, l'Association revêtait un nouvel habit de réforme, jusqu'à devenir une "Association Wahhabite" à cent pour cent, n'ayant aucun lien avec les musulmans d'Algérie, hormis ceux qui suivaient sa voie et agissaient selon ses principes.
Lorsque l'antagonisme entre les deux factions atteignit son paroxysme, les "confrériques" furent contraints de former l'Association des Oulémas de la Sunna. M. Omar Ismaïl se sépara de la faction des "réformistes" après avoir constaté leur revirement et leurs mauvaises intentions. Il fonda ses journaux « El-Ikhlas » et « El-Mi'yar », les accablant d'injures en leur rendant la monnaie.
Le récit s'est terminé sur ce mode, et le conflit est resté vif entre confrériques et réformistes jusqu'à ce jour. À Allah appartient le commandement, avant comme après. » Fin de citation.
Transmis par le frère Bouzid Boumedienne.

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