Mohammed ben Qaddour El Ouakili El Karkari

Le connaisseur de Dieu et le guide à la divinité, que ce soit par son état spirituel ou ses paroles, celui dont un regard de lui ravisse le disciple épris d’amour, il est l’émérite aux multiples dispositions, le maitre annihilé en Dieu, le connaisseur inébranlable, le savant et l’unique genre de son temps, le porteur du livre de Dieu, voué à Lui, appartenant à l'honorable lignée des enfants des « Ouakil » dans la région de Nador, Mohammed ben Qaddour El Ouakili.
 
Il fut orphelin à la mort de son père étant encore enfant, il fut élevé par son oncle maternel Qaddour, de son vrai nom « Abdelqader », il fut connu par la suite par le fils de Qaddour (Ben Qaddour).
 
Son arbre généalogique est le suivant : Mohammed ben Mohammed ben Ahmed ben Larbi ben Mokhtar ben Mohammed ben Ali ben Moussa ben Ali ben Yaqoub ben Ibrahim ben Bouzid ben Yahya ben Abderrahmane ben Abdallah ben Abdelaziz ben Zakaria ben Yahya ben Issa ben Hassan ben Mohammed ben Ali ben Issa ben Maïmoun ben Abou El Ouakil ben Massoud ben Issa ben Moussa ben Azouz ben Mazouz ben Abdelaziz ben Allal ben Jabir ben Imran ben Salem ben Ayad ben Ahmed ben Mohammed ben Qassim ben Idris II ben Idris ben Abdallah ben Hassan II ben Hassan ben Ali et Fatima Zahra fille de Mohammed prophète de Dieu (§).
 
C'était un érudit accompli, expert en matière de Hadiths et versets du Coran, très attaché à la Tradition prophétique (Sounna) et l’appliquait à la lettre, sincère dans sa vocation et ses paroles, intègre au niveau du cœur et de l’âme, il était absorbé par la station du prophète Moïse au niveau de ses rappels.
 
Mohammed ben Qaddour est né vers l'an 1799, il apprit à lire et à écrire dès son jeune âge, puis mémorisa le Saint Coran, et son professeur à cette époque-là était originaire de la tribu de « Qelaya », c’était un juriste qui manifestait de la vertu et la bénédiction, il écrivait à Mohammed ben Qaddour le Coran sur une tablette et à la fin il dessinait le Nom de Majesté « Allah » et lui disait : « lorsque tu auras mémorisé ce qui est sur la tablette, ferme les yeux et dis « Allah » à plusieurs reprises ». Il fit ce que son maitre lui ordonna jusqu'à ce qu’un jour il fût emporté par un état de ravissement et s'évanouisse. Le professeur vint le voir et le trouva allongé sur le sol, il essaya de le réveiller mais en vain, il pensa qu'il était mort, alors il quitta la mosquée par crainte de représailles.
 
Et une telle chose arrive à ceux qui n'ont pas l’autorisation d’inculquer le Nom Suprême, et causent ainsi du tort à de nombreuses personnes qui sont à la quête de la connaissance de Dieu, il y a parmi eux qui perdent la raison, et comme il est dit : « l’autorisé est assurément sous garantie ».
 
Lorsque Mohammed ben Qaddour se réveilla, il sortit de la mosquée et erra jusqu’à ce qu'il arrive à Tlemcen, en Algérie, il rencontra un saint homme qui lui dit : « si ce n’est ton aïeul Moustafa (le prophète Mohammed §), je ne t'aurais rien dit, puisque je suis un homme infertile, mais tu trouveras ton besoin chez le maitre Mohammed ben Abdelqader El Bacha, à l'Ouest dans le pays de Kharroub ». Mohammed ben Qaddour retourna au Maroc et prit contact avec le Cheikh El Bacha et se dévoua à son service.
 
Dans une autre version, le juriste mentionné était un Soussi des tribus de « Qelaya » des descendants de « Ahsseïn » précisément à Béni Siddal. Lorsque Mohammed ben Qaddour perdit conscience, le juriste essaya de le réveiller, et lorsqu’il vit qu'il ne bougeait pas, il appela à la prière dans son oreille à trois reprises, lorsqu’il se réveilla, le juriste lui dit d'aller vers celui qui a le pouvoir de guider à Dieu, il lui demanda de qui voulait-il parler, le juriste lui dit : « Abou Azza El Mehadji de Tlemcen, un des compagnons de Mouley Larbi Derqaoui ». Il se peut que Cheikh El Mehadji soit le maitre de ce juriste puisqu’il n’a mentionné que lui seulement. Mohammed ben Qaddour se dirigea vers Tlemcen et resta en compagnie du Cheikh Abou Azza pendant quelques jours, puis Cheikh El Mehadji lui ordonna de partir et lui dit : « vois ton besoin avec quelqu'un d'autre », et il lui ordonna de rejoindre le Cheikh Mohammed ben Abdelqader El Bacha El Ouakili, (enterré à Taourirt) son condisciple, l’un des compagnons de Mouley Larbi El Derqaoui également, et nous estimons cela aux environs de 1819.
 
Ce comportement étrange (de refoulement) du Cheikh Abou Azza El Mehadji avec les nouveaux disciples qui venaient de loin, en particulier du Maroc, est incompréhensible, bien qu’il envoyait humblement certains disciples à son condisciple et son frère aîné Cheikh Mohammed ben Abdelqader El Bacha, après leur avoir permis de rester dans sa zaouïa pendant un certain temps, comme il l'avait fait avec Mohammed ben Qaddour, et aussi avec Mohammed El Hebri qui l’avait envoyé au Cheikh Mohammed ben Qaddour bien plus tard, il ne fait aucun doute qu’il avait agi ainsi avec bien d’autres. Cette attitude doit être surement soumise à une influence divine qui nous dépasse et sommes incapables d’expliquer les vraies raisons, peut-être qu’ils obéissent à des codes bien définis, et aussi et rappelons-le, Cheikh El Mehadji renonçait à la notoriété et évitait le nombre élevé des disciples dans sa zaouïa, peut-être qu’il acceptait ceux qui insistaient et ceux en qui il voyait les signes de la sincérité. Mais en fin de compte, il aura une nouvelle rencontre, et bien des années plus tard avec Cheikh Mohammed ben Qaddour, afin que ce dernier achève son statut spirituel de la part du Cheikh El Mehadji, et après le décès de son maitre Mohammed El Bacha en 1843 et devient l’héritier de la station du Pôle comme il est documenté.
 
Pendant la période de son service dévoué à son maitre Mohammed El Bacha, certains des proches de son maitre l'avaient envié, alors le Cheikh lui ordonna de partir par crainte qu’un malheur lui arrive. Il quitta la zaouïa de son maitre et se réfugia dans une montagne non loin de la zaouïa afin de rester proche de son maitre, car il ne supportait guère de se séparer de lui. Ainsi, il se cachait le jour et venait la nuit avec de la nourriture pour le bétail et les chevaux de son maitre, et lorsqu’il avait faim il mangeait des escargots, et il y resta ainsi pendant un certain temps.
 
Lors d'une nuit, un des membres de la famille du Cheikh El Bacha le vit se déplacer entre le bétail et les chevaux, il pensa que c’était un voleur, il en fit part au maitre El Bacha et ce dernier le guetta la nuit suivante, lorsqu’il l’aperçut, il l’interpella en disant : « qui va là ? » il lui répondit : « c’est Ben Qaddour », le maitre l’invita à le rejoindre et eurent une longue discussion. Pendant qu’ils étaient ainsi, une femme dévouée au service de la zaouïa entra et dit au Cheikh El Bacha : « maitre, je n'ai pas trouvé le plat sur lequel nous faisons habituellement du pain ». Lorsque ben Qaddour entendit ses paroles, il se rendit aussitôt à l'un des marchés de « Qelaya » et acheta un plat identique, qui est généralement fait en bois et pèse assez lourd, il le porta sur son dos et retourna vers le pays de « Kharroub » en parcourant une longue distance et le posa devant son maitre, ce dernier lui demanda la provenance de ce plat, il lui répondit de l’un des marchés de « Qelaya ». Le Cheikh fut impressionné par ce jeune homme persévérant, qui demande ainsi la satisfaction de son maitre.
 
Il resta au service de son maitre pendant sept années (1819-1826), en pratiquait assidument le Dikr et les exercices spirituels. Lorsque Dieu illumina son cœur, et ouvrit son œil intérieur et accéda au statut des hommes dignes de Dieu, son maitre lui ordonna d'aller au village « Aïn Zohra » afin de diffuser les enseignements de la confrérie. Après un certain temps, il lui permit de retourner dans son pays natal afin de répandre les enseignements de la confrérie et lui dit : « retourne dans ton pays et tu as l’autorisation de guider à Dieu, mais sois généreux, et sois prudent en raison de la jalousie de tes propres frères ». Il retourna à son village natal « El Ouakil », il se maria et devint autonome en appelant à Dieu en diffusant les enseignements soufis, et le nombre de ses disciples ne cessa d’augmenter.
 
Après un certain temps, ses frères furent pris de jalousie et ordonnèrent à un tiers de le tuer, et ceci fait partie de la sagesse divine vu la similitude avec l'histoire de Joseph (paix à lui) avec ses frères. Un jour, alors que Cheikh ben Qaddour était loin de son village dans une montagne, il aperçut un homme venant vers lui tenant un poignard à la main et avait clairement l’intention de le tuer. Cheikh ben Qaddour lui fit un rappel et l’incita à craindre le châtiment d’un tel acte. L’homme en question ne fut pas impressionné par son prêche, et chargea sur Cheikh ben Qaddour en pointant le poignard vers lui, le Cheikh ben Qaddour en légitime défense le tua d'une balle de son fusil. Puis il alla chez lui et quitta son foyer en compagnie de sa petite famille et habita dans la montagne « Aïn Zohra », il y creusa deux grottes, l'une pour se loger et la seconde pour enseigner le Coran aux enfants et pour les réunions spirituelles. 
 
Ses disciples ne tardèrent pas à le rejoindre, et sa renommée se répandit rapidement parmi les tribus avoisinantes. Puis un jour, on vit l’arrivée d’un groupe de personnes de la tribu des « Béni Yahia », ils étaient déjà ses disciples dans le passé, ils l'emmenèrent au cours d’une nuit avec sa petite famille à leur pays. Lorsqu'ils atteignirent le mont « Karker », il leur dit : « C'est ici la fin du voyage, si Dieu le veut ».
 
Il descendit au mont « Karker » et construisit sa célèbre zaouïa entre 1840 et 1847, il appela à Dieu et donna l’autorisation de pratiquer le Nom Suprême à qui le désirait, et sa zaouïa devint à cette époque-là et avec le temps le plus important centre religieux de l'est du Maroc. 
 
Sa zaouïa fut fréquentée par d'innombrables disciples, qui furent auréolés par son savoir et devinrent des savants confirmés dans la connaissance de Dieu et dans la Loi et la Vérité, « Charia » et « Haqiqa », ils avaient à leur tour diffusé la voie spirituelle, c’était des hommes illuminés et accomplis que ce soit au niveau du savoir ou de l’éthique, des sciences exotériques ou ésotériques, ils construisirent leur propres zaouïas et enseignèrent avec l’autorisation de leur maitre et guidèrent à leur tour les nouveaux disciples à Dieu, ils furent rejoints par ceux dotés d’une vision claire, qui aspirent à connaitre le joyau caché de ce monde manifeste, et doués d’un esprit sain, et bien guidés par le Seigneur, citons parmi eux:
 
- Cheikh Mohammed ben El Habib El Bouzidi, connu par Sidi Hammou Cheikh El Bouzidi de Mostaganem (Algérie) (1824 - 1909).
- Cheikh Mohammed El Azzaoui El Hebri (1824-1898) fondateur de la zaouia de Taghit à Béni yaznassen près d'Ahfir (Maroc).
- Abdelqader Ben Adda Ben Attia El Amari El Bouabdelli (1830 - 1918) à Relizane (Algérie)
- Mohamed Ben Messaoud de Razaouate (Algérie).
 
Il resta ainsi jusqu’à son dernier souffle, qu'Allah soit satisfait de lui, il décéda vers 1867 et fut enterré dans sa zaouïa au mont « Karker », qui existe encore aujourd’hui, et l’on adopta le titre de « Karkeri » au Cheikh Mohammed ben Qaddour, qu'Allah ait pitié de lui, et le récompense amplement par la meilleure des récompenses et sanctifie son honorable esprit. Son tombeau est doté d’un célèbre dôme, inspirant du prestige et de la révérence. Il laissa quatre garçons, et son fils Taieb le succéda à partir de ses vingt ans, qu'Allah soit satisfait de lui.
 
Un poème de Cheikh Mohammed ben Qaddour El Ouakili qu'Allah soit satisfait de lui :
 
Ô toi qui prétend savoir les secrets,
Soumets-toi et rejoins notre refuge,
Hâte-toi de demander pardon,
Peut-être seras-tu l'un des notre
 
Abstiens-toi de gober les illusions,
Purifie-toi par notre eau,
Tu rejoindras la place des justes
Et tu verras ce que nous avons vu
 
Crois en nous, tu seras parmi les élus,
Ton nom sera inscrit sur nos pages,
Les lumières t’apparaitront,
Tu savoureras le même nectar que nous
 
Tu connaitras la signification des litanies
O toi qui nie notre état,
Notre savoir sur toute chose
N’est réservé que pour ceux qui y croient
 
Toutes les étoiles se sont éclipsées
Par le lever de notre Soleil,
Aucune trace, n’ont laissé
Par l’intensité de notre lumière
 
Les lumières brillaient pour nous
Notre lumière était leur source
Chaque feu fut éteint
Par notre seule lumière
 
Notre savoir parvenu et confirmé
De la part de notre Seigneur
Et les étoiles nous sont parvenues
Par la signification de notre réalité
 
Si ce n’est Allah l'adoré
Et son Messager le contemplé,
Des limites nous nous serions écartées
Et aurions divulgué notre secret
 
Sources :
- Ithaf dawi nahy wel basayr bi tarajim cheikh Alawi wa choyoukhihi wa bad kholafayhi akabir, par Abd Rabbo Bouzidi.
- Une vidéo de Sidi Ahmed Karkari, vidéo sur YouTube, Zawiya Derqaouïa Chadhillya Karkariya.

 
Traduit de l'Arabe par Derwish Alawi, Les Amis du Cheikh Ahmed Alawi
 
(Traduction mise à jour le 10/09/2023)

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